Pourquoi consulter un psychologue à l’époque de l’intelligence artificielle et des livres d’auto-aide ?

Aujourd’hui, les conseils pour aller mieux sont partout. Les réseaux sociaux regorgent de vidéos de “coach bien-être”, de phrases inspirantes, de techniques de respiration ou de méditation. Internet débordent de manuels d’auto-aide promettant d’apprendre à “lâcher prise”, à “vivre dans l’instant présent”, à “retrouver confiance”. Et puis, il y a même les intelligences artificielles capables de répondre avec empathie, parfois avec plus de patience qu’un être humain.

Alors, pourquoi investir du temps, de l’énergie et de l’argent pour rencontrer un psychologue, quelqu’un qui, de surcroît, ne promet aucun résultat ?

Parce que tout cela, vous l’avez déjà essayé. Vous avez lu, écouté, essayé de comprendre. Vous avez accumulé du savoir sur l’anxiété, sur les blessures d’enfance, sur les limites à poser, sur les cycles de la vie. Et malgré tout, quelque chose continue de faire mal.

Il y a une vieille histoire, souvent racontée en psychologie. Un homme cherche ses clés sous un lampadaire, en pleine nuit. Quelqu’un s’arrête pour l’aider. Après quelques minutes de recherches infructueuses, la personne lui demande :

— Vous êtes sûr que c’est ici que vous les avez perdues ?

Et l’homme répond : — Non, mais c’est ici qu’il y a de la lumière.

C’est souvent ce que nous faisons avec nos souffrances. Nous cherchons là où c’est visible, là où les mots des autres éclairent un peu, parce que c’est plus rassurant que d’aller dans le noir. Mais ce qui fait vraiment mal, ce qui bloque ou se répète, se trouve souvent ailleurs, dans une zone de nous-mêmes où il n’y a pas encore de lumière.

Le savoir et les conseils que vous avez accumulés peuvent être justes. Mais ils parlent à tout le monde — donc, finalement, à personne en particulier.  Ils mettent la lumière sur la souffrance humaine en général, là où la thérapie s’intéresse à la vôtre, dans ce qu’elle a d’unique, de parfois confus, d’inachevé.

Pourquoi, malheureusement, vous ne pouvez pas faire cela tout seul (ou du moins, pas tout de suite).

Quand on souffre, on est au centre de soi-même, plongé dans la confusion. Et de ce centre, on ne peut pas tout voir.

Une lampe ne peut pas s’éclairer elle-même. Pour se voir, elle a besoin que sa lumière soit reflétée par un miroir. C’est ce que représente l’autre pour nous : un miroir qui nous renvoie une image de ce que nous sommes. Mais les miroirs du quotidien (nos proches, nos amis, nos partenaires) ne sont pas toujours neutres. Ils portent leurs propres courbes, leurs fissures, leurs angles morts. Ils reflètent, mais parfois en déformant. Ce que nous voyons en retour n’est pas toujours la réalité, mais une version traversée par leurs attentes, leurs blessures ou leurs peurs.

Un psychologue n’est pas un miroir parfait, aucun être humain ne l’est. Mais il a la responsabilité éthique de travailler continuellement sur lui-même, de nettoyer ses reflets, de repérer ses angles morts, pour que ce qu’il vous renvoie soit le plus fidèle possible à votre réalité (et surprise, il le fait deux fois : en supervision et en suivi personnel. Je me rappelle d’une collègue qui disait avec justesse : “Un bon psy en a deux”).

C’est une des grandes différences avec les autres relations. Le psychologue ne cherche pas à être aimé, ni à convaincre, ni à se défendre. Il se met en retrait, pour vous laisser toute la place. Sa présence devient un espace où vous pouvez enfin vous voir, vous entendre, vous reconnaître, sans être réduit à ce que les autres projettent sur vous. Ce miroir-là ne vous dit pas qui vous devez être. Il vous aide à voir qui vous êtes déjà, y compris ce que vous aviez cessé de regarder.

Toute votre vie, vous avez sans doute pris des chemins plus longs, plus sûrs, plus détournés. Pas par paresse, ni par faiblesse, mais parce que le chemin direct, celui qui mène au cœur de ce que vous ressentez, est gardé par quelque chose que vous préférez éviter : une douleur, une honte, une colère, un souvenir, une vérité. Mais qu’est-ce qui se passerait si, cette fois, vous osiez aller tout droit ?

Et si la paix que vous cherchez depuis si longtemps n’était pas au bout d’un nouveau détour, mais juste derrière la peur ? Et si c’est le cas, pourquoi ne pas se laisser aider pour traverser ce chemin ?

L’ironie de la thérapie, c’est que c’est un voyage dont on ne peut pas vous révéler la destination exacte. On peut seulement vous dire qu’à l’arrivée, on l’espère, on le croit, on l’a vu tant de fois, vous retrouverez une forme de paix intérieure. Personne ne peut vous dire exactement où ce voyage mène, mais ceux qui l’ont entrepris savent qu’il conduit souvent vers un lieu plus vrai.

À propos de l’auteur

Je suis Ayoub El Haroussi, psychologue clinicien à Bordeaux.
J’accompagne des adultes qui se sentent émotionnellement bloqués, en situation de transitions de vie, de deuil, de surcharge mentale ou d’anxiété relationnelle

Je reçois en cabinet à Bordeaux et en visioconférence.

Si vous vous êtes reconnu dans ces mots, je vous invite à franchir le pas et à en parler.

Prendre un rendez-vous via Doctolib

Related Posts

Privacy Preference Center