Ce que vous appelez “dépendance affective”, c’est souvent une blessure d’attachement
On parle beaucoup de dépendance affective aujourd’hui. C’est devenu une étiquette familière. On s’en accuse, on s’en méfie et on s’en soigne. Mais sous ce mot souvent utilisé à tort et à travers, il y a autre chose : une blessure d’attachement.
Le terme “dépendance affective” donne l’impression d’un excès, d’un déséquilibre qu’il faudrait corriger. Comme s’aimer trop, attendre trop, espérer trop étaient des fautes à redresser. Mais en réalité, la dépendance n’est pas un excès d’amour. C’est une peur de perdre le lien. Une peur apprise, inscrite dans le corps et la mémoire. Ce qu’on appelle “dépendance affective” n’est pas un trouble de la volonté, mais une adaptation ancienne. C’est le système d’attachement qui, un jour, a appris qu’il devait s’accrocher pour ne pas disparaître.
Dans certaines histoires, l’amour a été associé à l’attente, à l’instabilité, à la peur de décevoir. Un parent trop absent, trop imprévisible, trop centré sur lui-même ; un lien où il fallait mériter la présence, deviner les besoins de l’autre, être sage, silencieux ou parfait. Alors l’enfant apprend que l’amour n’est pas sûr. Et une fois adulte, cette insécurité continue de se rejouer. Chaque silence, chaque distance, chaque désaccord réactive la peur originelle de perdre l’autre. Ce n’est pas de la faiblesse : c’est un réflexe de survie relationnelle. On aime comme on a été aimé, ou comme on a dû aimer pour ne pas être abandonné.
Plus la peur de perdre le lien est forte, plus on cherche à le sécuriser. On s’adapte, on anticipe, on donne trop, on s’efface. Et paradoxalement, plus on s’accroche, plus l’autre s’éloigne, confirmant encore la peur initiale. C’est un cercle douloureux où le besoin d’être rassuré finit par épuiser le lien lui-même. On se reproche alors d’être “trop dépendant”, sans voir qu’on ne fait que rejouer un apprentissage ancien : “si je m’arrête d’agir de cette manière, on m’oubliera.”
Le travail thérapeutique consiste souvent à remettre de la sécurité dans le lien. Non pas à devenir “indépendant”, mais à redevenir libre dans la relation. Cela passe par la reconnaissance de la peur, par la lente reconstruction d’un espace où le lien ne soit plus une menace. Petit à petit, la personne découvre qu’elle peut être seule sans être abandonnée, proche sans se perdre, aimée sans se fondre. L’attachement cesse d’être une prison et devient un terrain de transformation.
Derrière la “dépendance affective”, il y a une phrase silencieuse que beaucoup de patients portent en eux :
“Est-ce que quelqu’un restera si je ne donne rien ?”
C’est cette question que la thérapie aide à entendre, à apprivoiser, à transformer. Non pour y répondre par des certitudes, mais pour qu’elle cesse d’être une plaie ouverte. Donc, non ce n’est pas vraiment de la dépendance affective, c’est souvent une mémoire du manque. Une peur héritée, inscrite dans le corps, que la tête seule ne peut pas raisonner. Ce n’est pas un défaut à corriger, c’est une histoire à comprendre et à traverser. Et quand on commence à la regarder sans honte, quelque chose change : on cesse de se juger pour sa soif d’amour, et on apprend, lentement, à aimer sans s’effacer.
À propos de l’auteur
Je suis Ayoub El Haroussi, psychologue clinicien à Bordeaux.
J’accompagne des adultes qui se sentent émotionnellement bloqués, en situation de transitions de vie, de deuil, de surcharge mentale ou d’anxiété relationnelle
Je reçois en cabinet à Bordeaux et en visioconférence.
Si vous vous êtes reconnu dans ces mots, je vous invite à franchir le pas et à en parler.
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