Savoir d’où vient la douleur ne suffit pas à la faire disparaître.

Beaucoup de personnes arrivent en thérapie avec une idée très claire de leurs difficultés. Elles disent : “Je sais pourquoi je vais mal.”, “Je comprends d’où ça vient.”, “Je vois le schéma.”

Elles ont lu, réfléchi, analysé, parfois pendant des années. Elles ont mis des mots précis sur ce qui les traverse : l’abandon, la honte, le rejet, la peur de ne pas être à la hauteur. Elles connaissent la théorie de leur souffrance. Elles ont compris les mécanismes, les origines, les répétitions. Mais la douleur, elle, reste là, intacte, parfois même alourdie par ce sentiment d’échec : “Puisque je sais, pourquoi ça ne change pas ?”.

La lucidité devient alors une forme de prison. On se voit souffrir, on comprend pourquoi, mais on ne parvient pas à en sortir. Et c’est souvent là que naît une douleur plus sourde encore : celle de ne pas réussir à aller mieux malgré la compréhension.

La souffrance ne se laisse pas convaincre par la logique. Le problème est compris, mais pas traversé. C’est le mythe de la compréhension qui répare. Comme si le fait d’avoir trouvé la cause devait automatiquement faire disparaître l’effet.

Hélas, l’origine, vous la connaissez déjà. On la connaît tous, quelque part, même quand on prétend l’ignorer. Parfois, on ne se l’avoue pas, parce que la vérité serait trop dure à regarder en face. Admettre, ce serait reconnaître une réalité insupportable :

  • La personne que j’aimais m’a blessé.
  • Je ne serai jamais assez pour eux.
  • Mon père ne m’a jamais vraiment vu.
  • Ma mère n’a pas su m’aimer autrement que par la peur.
  • L’amour que je croyais recevoir était un marché déguisé.
  • J’ai accepté l’inacceptable, juste pour ne pas être seul.
  • Je n’ai pas été choisi.
  • Et pire encore, j’ai continué à espérer.

Ces phrases, chacun les formule à sa manière, mais elles portent toutes la même vérité : la douleur de voir tomber une illusion. Et c’est précisément pour cela que vous ne pouvez pas vous réfugier derrière des étiquettes génériques de la souffrance. Aucune grille d’explication ne peut contenir ce que vous vivez. Deux personnes peuvent traverser le même événement et en être marquées de façons radicalement différentes. Ce qui est tolérable dans une culture peut être impensable dans une autre. Ce qui, pour l’un, n’est qu’un mot, peut être pour l’autre une blessure.

Nous réagissons selon nos histoires, nos attachements, nos sensibilités, nos manières d’aimer et de survivre. Le psychisme humain est d’une complexité infinie : il tisse du sens là où un autre n’en verrait aucun, il crée des liens invisibles, parfois même entre des événements qui, en apparence, n’ont rien à voir.

Et c’est justement cette complexité qui rend la douleur si tenace. Comprendre ne suffit pas, parce que la souffrance n’est pas qu’une idée : elle est une expérience restée inachevée. Et c’est encore plus frustrant quand on croit savoir d’où elle vient : quand la lucidité ne change rien, quand la blessure persiste malgré les explications.

Alors, vous avez fait ce que nous faisons tous : vous avez refoulé la douleur, vous l’avez recouverte, de rationalité, de dérision, de contrôle, d’activités, de savoir. Et pendant un temps, ça marche. Mais la douleur ne disparaît pas. Elle revient. Sous d’autres formes. Elle se déplace : dans le corps, dans la fatigue, dans les relations, dans le vide.

Et chaque fois que vous ajoutez une couche pour ne pas la sentir, vous cachez avec elle une part de votre vérité. La douleur n’est pas ce qu’il faut fuir. Elle est la trace d’une vérité enfouie, d’une part de vous qui demande encore à être reconnue. Et c’est seulement en l’écoutant différemment  que quelque chose commence à guérir.

À propos de l’auteur

Je suis Ayoub El Haroussi, psychologue clinicien à Bordeaux.
J’accompagne des adultes qui se sentent émotionnellement bloqués, en situation de transitions de vie, de deuil, de surcharge mentale ou d’anxiété relationnelle

Je reçois en cabinet à Bordeaux et en visioconférence.

Si vous vous êtes reconnu dans ces mots, je vous invite à franchir le pas et à en parler.

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