Être soi-même et seul, ou être entouré mais trahir qui on est
Il existe une forme de solitude qui n’a rien à voir avec l’isolement. C’est celle qu’on ressent quand on est entouré, mais jamais vraiment vu. Quand les gens aiment une version de nous, polie, adaptée, conforme, et que l’on sait, au fond, que cette version n’est qu’un masque. Le faux soi attire les regards, les liens et parfois même l’admiration. Mais il ne reçoit jamais le lien qu’on cherche. Et à force d’être vu à travers un rôle, on finit par ne plus exister.
Le problème, c’est que les gens qui aiment cette version, ce “faux soi”, ne vous voient pas. Et ceux qui arrivent à voir qu’il y a un masque ne vous font pas confiance. Mais le choix est presque naturel : mieux vaut être entouré qu’être connu. Mais chaque fois qu’on se travestit pour rester aimé, on sacrifie quelque chose de nous même.
Saviez vous qu’un bonsaï n’est pas une espèce miniature ? c’est un arbre complet, contenu, contraint, taillé pour rester décoratif. Sa beauté vient de sa forme mais il ne donne jamais de fruits. Vivre dans le mensonge de soi, c’est vivre comme un bonsaï dans un coin décoratif de la vie (alors que le monde est fait de forêts).
Être soi-même, c’est accepter de payer un prix. On perd certains liens. On affronte le vide, le silence, la peur de ne plus savoir où l’on appartient. Mais c’est un passage nécessaire. Car aucun lien construit sur votre absence ne pourra vous sauver de la solitude. Il ne fait que la retarder. L’apaisement obtenu par la conformité est une paix sans souffle. On reste aimé, oui, mais par ceux qui ne savent pas qui nous sommes.
Mais si, en réalité, vous pensiez être seul simplement parce que vous n’avez pas trouvé vos semblables ? Et si, peut-être, vous ne les trouviez jamais ? Peut-être qu’au même moment où cette pensée surgit, une voix critique vient souffler : “Mais pour qui tu te prends ?” “Reste à ta place.”.
Mais peut-être que ta différence est justement ce qui t’isole. Dans un monde où tout le monde veut ressembler à quelqu’un d’autre, être différent devient presque un crime.
Être vrai ne veut pas dire être supérieur. Cela veut dire répondre à l’appel de ce qui vit en soi. Nietzsche disait : « Deviens ce que tu es. » Ce n’est pas de l’orgueil, c’est une responsabilité. Reconnaître ce qu’il y a d’unique en soi n’est pas vanité, c’est une obéissance à la vie. Car nier ses dons, ses élans, ses désirs, ce n’est pas de l’humilité. C’est peut-être, au fond, la forme la plus subtile de l’orgueil. C’est dire à la vie : “Je sais mieux que toi ce que je dois être.”
Vivre en vérité, c’est donc accepter de perdre certaines appartenances, mais aussi de retrouver le lien le plus important : celui avec soi-même. Alors oui, on est seul (dans les deux cas nous le sommes), mais pour la première fois, on vit un autre type de solitude. C’est le lieu où l’on se retrouve après s’être trop adapté. Le lieu où le silence n’est plus une menace.
Quand on ose vivre selon sa vérité, on découvre une autre forme d’appartenance : celle des esprits qui se reconnaissent au-delà du temps et de la présence physique. Ce n’est pas une famille de sang, mais une fraternité d’âme. Ceux qui ont vécu avant toi, penseurs, artistes, âmes lucides et sensibles, te rejoignent dans une conversation silencieuse. Chacun d’eux a marché seul dans sa forêt, et pourtant, leurs mots, leurs silences te rejoignent. Car quand tu vis selon ta vérité, tu entres à ton tour dans cette lignée. Tu fais partie des gardiens du feu, de ceux qui, à travers les siècles, gardent le sens vivant dans un monde distrait.
Le véritable lien n’a rien à voir avec la proximité. Il naît de la résonance. De cette vibration qui dit, sans mot : “Celui-là est de ma tribu.” Cette tribu-là ne se réunit pas, elle s’entend à travers le temps. Ses membres sont dispersés, certains morts, d’autres pas encore nés. Mais ils se reconnaissent à travers les œuvres, les gestes, la sincérité. Et c’est peut-être ça, au fond, la plus belle forme d’amour : être rejoint par des inconnus qui, quelque part dans le monde ou dans le temps, sentent la même vérité en eux.
Être soi-même ne garantit pas le lien, mais c’est la seule manière d’aimer sans se trahir. Car la vraie appartenance ne se trouve pas dans le nombre, mais dans la résonance. Ce moment où une autre âme, à travers le temps, murmure : “Celui-là est des nôtres.”
À propos de l’auteur
Je suis Ayoub El Haroussi, psychologue clinicien à Bordeaux.
J’accompagne des adultes qui se sentent émotionnellement bloqués, en situation de transitions de vie, de deuil, de surcharge mentale ou d’anxiété relationnelle
Je reçois en cabinet à Bordeaux et en visioconférence.
Si vous vous êtes reconnu dans ces mots, je vous invite à franchir le pas et à en parler.
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