Pourquoi ce qu’on vous a appris de la méditation ne vous parle pas

On vous a peut-être dit que méditer, c’est “calmer son esprit”, “faire le vide”, “accueillir ce qui est sans jugement”. On vous a parlé de présence, de respiration, d’instant. Et pourtant, malgré toute votre bonne volonté, ça ne marche pas. Vous vous asseyez, fermez les yeux mais ça s’agite encore plus. Au lieu du calme promis, il y a un malaise. Alors vous vous dites : “Je ne sais pas méditer.”

On vous a vendu la méditation comme une technique de calme : un coussin, les jambes croisées, un corps immobile, une discipline quotidienne. Mais soyons honnêtes : combien de personnes ont vraiment le temps, l’espace ou la constance pour s’y plier ? Et surtout, combien persévèrent, une fois que le calme promis ne vient pas ?

Mais peut-être que le problème ne vient pas de vous. Peut-être qu’on vous a présenté la méditation comme une technique, alors qu’elle est d’abord une rencontre avec soi.

La plupart des approches populaires de la “mindfulness” ont été simplifiées pour convenir à une culture de performance. On en a fait un outil de gestion du stress, une méthode d’optimisation mentale, un calmant psychique. Mais dans cette logique, le silence devient un résultat à atteindre, et le mental reste en mode “contrôle”.

On dit souvent : “Moi, je ne médite pas, mais quand je peins, c’est pareil.” “Quand je lis ou que je cours, je me perds dans l’instant, c’est de la méditation.”

Ce qui est décrit ici est plutôt un état de transe légère, une absorption, un moment où le “moi” s’efface dans l’action. C’est un état de flow, de fusion avec ce que vous faites. C’est agréable, apaisant, réparateur même. Mais ce n’est pas de la méditation. Dans la transe, vous disparaissez dans le mouvement. Dans la méditation, vous restez présent à ce qui bouge. L’un vous fait oublier, l’autre vous fait voir.

Moi aussi, j’ai cru pendant longtemps que méditer voulait dire “se détendre”. J’ai essayé, des années durant, sans succès. Je me disais que je n’étais pas fait pour ça. Mais à force d’en entendre parler, j’ai continué, et j’ai compris pourquoi c’était si difficile. La méditation est l’exercice le plus exigeant que vous puissiez faire. Une psychologue l’a dit avec justesse : “C’est le crossfit de l’esprit.”

Parce que méditer, c’est rester immobile au milieu du vacarme intérieur, regarder ses pensées passer sans les suivre, rester avec une émotion sans la résoudre. Il n’y a pas de musique, pas de récompense, pas de distraction. Il n’y a que vous, votre souffle, et tout ce que vous auriez préféré éviter.

La méditation ne vous apaise pas immédiatement, elle vous rend conscient. Et la conscience, au début, fait mal. Elle met en lumière les automatismes, les ruminations, la peur, la fatigue, les blessures. Tout ce qui, d’habitude, reste sous le bruit du quotidien. Alors beaucoup abandonnent, en croyant échouer. Mais ce qu’ils fuient, c’est justement la partie utile du processus. Car dans ce face-à-face sans distraction, quelque chose s’éclaire lentement : ce n’est pas l’esprit qu’il faut faire taire, c’est la peur d’écouter ce qu’il dit.

La méditation est une forme d’honnêteté radicale avec soi-même. Et c’est sans doute pour cela qu’elle transforme, pas en nous rendant plus calmes, mais en nous rendant plus vrais.

Ce que la méditation est vraiment :

La méditation vous montre une chose que peu de pratiques osent révéler : vous n’avez aucun contrôle. Votre esprit pense, commente, anticipe, ressasse, avec ou sans votre accord. Essayez donc de “ne pas penser”, et vous verrez : la machine continue.

Méditer, ce n’est pas “faire le vide”. C’est observer, simplement. Observer ce qui se passe en soi, sans rien corriger. Et à force d’observer, on découvre quelque chose d’étrange : on n’est pas seulement celui qui pense. On est aussi celui qui voit la pensée passer. Et si vous continuez longtemps, vous réaliserez que cet “observateur” n’est peut-être qu’une autre illusion, que le “soi” que vous croyez être n’a jamais été aussi solide que vous le pensiez. Mais cette vérité-là est fragile : elle fond dès qu’on essaie de la saisir, comme un flocon de neige qui disparaît au contact de la main.

Pourquoi observer ? Parce qu’entre la pensée et l’action, il existe un espace. Un interstice presque imperceptible, celui où la liberté se loge. Méditer, c’est agrandir cet espace. C’est sentir la colère monter et la laisser traverser sans agir. C’est vouloir répondre pour se défendre, mais s’arrêter juste avant. C’est devenir libre de ses impulsions, non pas par répression, mais par lucidité.

À force de méditer, tout vous traverse : la joie, la peur, la honte, la colère. Les vagues montent, déferlent et s’effondrent et pourtant vous êtes paisible. Parce que vous savez, désormais, que ressentir ne tue pas. C’est ce qu’incarne l’image saisissante du moine Thích Quảng Đức, assis en lotus au Vietnam, immobile dans les flammes. Son corps brûlait, mais il n’a pas crié. Parce qu’il ne fuyait rien. Le feu est devenu expérience, et non punition. Ce n’est bien sur pas quelque chose à imiter, mais cet acte montre jusqu’où peut aller la maîtrise de la conscience.

Car oui, la méditation est un superpouvoir. C’est le pouvoir de ne plus être esclave de soi-même. De sentir la vie vous traverser sans devoir la fuir ou la figer. D’agir non depuis la peur, mais depuis la clarté. Et c’est peut-être la seule véritable forme de liberté.

On confond souvent aussi méditation et respiration. Mais la respiration n’est qu’un ancrage, un fil pour ramener l’attention quand elle s’égare. La méditation, c’est l’acte de voir. Observer ses pensées, s’y perdre, revenir. Observer encore, se perdre à nouveau. C’est un mouvement sans fin. C’est un vrai apprentissage d’humilité. Car très vite, on découvre que méditer, ce n’est pas “réussir à rester concentré”. C’est voir la frustration face à l’exercice, voir l’impatience, voir la futilité de la pensée elle-même, et continuer malgré tout.

Paradoxalement, l’exercice continue à être frustrant le plus on le pratique. Beaucoup de personnes disent la même chose après quelques semaines de pratique :

Au début, ça marchait bien. Je parvenais à observer mes pensées. Mais maintenant… j’en ai encore plus qu’avant !”

En réalité, vous n’avez pas plus de pensées, vous commencez simplement à les voir. Avant, elles étaient comme le bruit d’un moteur de fond : présentes, mais invisibles. À force de méditer, vous commencez à percevoir la texture fine de ce mouvement mental. Vous voyez les micro-pensées, les éclairs qui n’ont pas encore pris la forme de mots. Les pensées à demi senties, une peur, une image, une tension corporelle. Les pensées habillées d’émotions, où une sensation devient une histoire : “Et si…”, “Pourquoi moi…”, “Je devrais…”.

Vous cessez de nommer trop vite. Vous laissez tomber les étiquettes (anxiété, peur, frustration…) pour percevoir la texture singulière de ce que votre esprit communique.

La méditation affine la conscience comme un microscope. Et ce que vous prenez pour une régression est en fait un progrès : vous commencez à entendre la rumeur intérieure que vous portiez depuis toujours. Peu à peu, vous comprenez que vous ne pouvez pas arrêter la pensée, mais que vous pouvez cesser d’y croire. Et c’est là que commence une autre forme de paix, non pas parce que tout devient calme, mais parce que tout devient clair.

Néanmoins, il convient de rappeler que la méditation n’est pas toujours un refuge. Pour certaines personnes, elle peut même devenir un espace trop nu, trop silencieux, où les souvenirs et les sensations enfouies remontent d’un seul coup. Les traumas laissent des empreintes dans le corps et dans l’esprit et le silence intérieur agit parfois comme un amplificateur. Rester immobile face à soi peut réveiller des images, des voix, des émotions que la psyché avait soigneusement mises à distance pour survivre. Ce n’est pas un échec de méditation. C’est le signe que votre esprit fait encore son travail de protection. Dans ces cas-là, méditer ne veut pas dire “aller creuser”, ni “affronter la douleur”. Cela veut dire laisser passer, sans s’y enfoncer. Juste observer comme on regarde un nuage passer sans tenter de le retenir. Car il y a deux gestes dans la méditation : celui d’accueillir, et celui de ne pas suivre. Et parfois, le geste le plus sage est celui de ne pas investir., de ne pas se précipiter dans le souvenir ou rejouer la scène, mais se rappeler : “Ce n’est qu’une image. Elle aussi va passer.”

À propos de l’auteur

Je suis Ayoub El Haroussi, psychologue clinicien à Bordeaux.
J’accompagne des adultes qui se sentent émotionnellement bloqués, en situation de transitions de vie, de deuil, de surcharge mentale ou d’anxiété relationnelle

Je reçois en cabinet à Bordeaux et en visioconférence.

Si vous vous êtes reconnu dans ces mots, je vous invite à franchir le pas et à en parler.

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