Le pouvoir ne rend pas dangereux. L’impuissance, oui.

Il arrive qu’on passe une vie entière à se méfier de soi-même. À craindre son propre pouvoir. À préférer l’impuissance, parce qu’on associe le mot “pouvoir” à ceux qui nous ont blessés.

Certains refusent inconsciemment d’habiter leur propre force, parce qu’ils ont grandi en voyant des adultes utiliser la leur pour humilier, contrôler, abandonner ou faire mal. Quand on a appris très tôt que le pouvoir détruit, on choisit l’impuissance pour ne jamais ressembler à ceux qui nous ont blessés. Et si un jour, poussé au bord du gouffre, nous avons réagi violemment, en criant, en attaquant, on peut croire que c’était ça, notre pouvoir. Une version chaotique et incontrôlée. Alors on refuse même l’idée d’avoir du pouvoir.

“Je ne serai jamais comme eux.” Et avec ce serment, on enterre la possibilité même de nous sentir puissant autrement.

On entend souvent cette phrase : “Le pouvoir corrompt.” Elle circule partout, surtout dans le monde politique, comme une vérité absolue. Et pourtant, elle pointe le mauvais coupable. Car ce n’est pas le pouvoir qui rend dangereux. C’est l’impuissance.

On imagine souvent le pouvoir comme un jeu gagnant-perdant. Comme si la force intérieure, l’assurance ou la stabilité émotionnelle étaient des ressources finies qu’il faudrait se disputer. Cette vision est héritée d’un monde où les figures d’autorité ont confondu pouvoir et domination. Mais en réalité, le pouvoir n’est pas un jeu à somme nulle.

Le vrai pouvoir, celui qui vient de la sécurité intérieure, ne se prend pas aux autres, il se construit en soi. Quand quelqu’un devient plus stable, plus capable d’agir, personne autour de lui n’en est diminué. Au contraire, un être régulé régule les autres. Une personne calme élargit le calme autour d’elle. Quelqu’un qui n’a pas peur n’active pas la peur chez les autres. Le pouvoir intérieur est contagieux, dans le bon sens.

Ce sont les personnes qui manquent de pouvoir interne qui vivent le monde comme un champ de bataille : plus l’autre prend de place, moins il en reste pour moi. plus l’autre affirme ses besoins, plus je suis menacé. plus l’autre s’élève, plus je risque de tomber.

Cette logique est celle de l’impuissance. C’est la vision du monde d’un esprit qui confond affirmation et agression, différence et menace. C’est le regard d’un enfant qui n’a jamais été en sécurité, et qui, devenu adulte, croit encore qu’il faut se battre pour exister.

La psychologie sociale (Keltner et al. 2003) montre tout le contraire. Les personnes qui se sentent puissantes deviennent plus régulées, moins réactives, moins agressives. Le pouvoir apaise alors que l’impuissance dérégule.

Quand quelqu’un possède un sentiment de pouvoir stable, il se sent capable d’influencer son environnement et de se protéger. Son système nerveux cesse de scanner la menace. Il n’a plus besoin d’attaquer, de deviner ou de contrôler. Il peut respirer, penser et surtout choisir.

Mais quand une personne se sent impuissante, c’est à dire incapable de prédire, dépendante de l’humeur des autres, terrorisée à l’idée d’être rejetée ou punie alors son corps passe en mode survie. L’impuissance active les circuits de vigilance : on devient plus sensible au danger, plus réactif. Exactement comme un animal piégé qui mord la main tendue.

Si vous avez grandi dans un environnement où vous étiez impuissant vous avez probablement eu ce genre de pensées :

“Les gens ont abusé de leur pouvoir. Je ne veux jamais être comme eux.”

“Si j’ai du pouvoir, je deviendrai dangereux.”

“Je préfère ne rien contrôler plutôt que blesser quelqu’un.”

C’est un schéma traumatique classique : quand le pouvoir est associé à la violence, l’abus ou la domination, l’enfant apprend à craindre sa propre force. Il choisit l’impuissance comme identité morale. Le refus du pouvoir devient alors une manière de protéger les autres. Mais cela le prive de la seule chose qui pourrait réellement le stabiliser. Car c’est le manque de pouvoir qui nous fait déborder, pas le pouvoir lui-même.

Les pratiquants d’arts martiaux sont généralement calmes, pas agressifs. Parce qu’ils savent qu’ils peuvent se protéger. Leur corps ne vit plus dans la menace. À l’inverse, quelqu’un qui ne sait pas se défendre panique, réagit trop fort. La compétence réduit la violence alors que l’impuissance la crée.

Une personne en train de se noyer agrippe, tire sous l’eau, met en danger celui qui essaie de l’aider. Parce qu’elle a peur de mourir et parce qu’elle sait qu’elle n’a plus aucun pouvoir sur cette vérité.

Si on sait tout cela, pourquoi est-ce si difficile d’accepter notre propre pouvoir ?

Parce qu’il est associé à des souvenirs de terreur, de chaos et de perte de contrôle. Parce que l’enfant en vous a enregistré : “Quand les gens ont du pouvoir, ils détruisent.” Parce que vous confondez votre réactivité d’autrefois avec votre vraie puissance.

Votre vrai pouvoir est plus calme, et vous le sentez parfois quand vous gérez des situations qu’une personne “normale” n’aurait pas su affronter. C’est votre force tranquille.

Votre pouvoir n’est pas un danger pour les autres. C’est un refuge pour vous. Il est grand temps d’en réclamer.

À propos de l’auteur

Je suis Ayoub El Haroussi, psychologue clinicien à Bordeaux.
J’accompagne des adultes qui se sentent émotionnellement bloqués, en situation de transitions de vie, de deuil, de surcharge mentale ou d’anxiété relationnelle

Je reçois en cabinet à Bordeaux et en visioconférence.

Si vous vous êtes reconnu dans ces mots, je vous invite à franchir le pas et à en parler.

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